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Laurent Dufresne Version imprimable Suggérer par mail

2721.jpgVendredi 16 mai, Berrichonne – Clermont, Laurent Dufresne participe à la dernière rencontre de sa riche carrière et range les crampons après 16 années de football. L’avenir c’est maintenant le retour à Valenciennes.

Vie privée...
Né le 2 mars 1972 à CALAIS, assimilé Ch’ti, entre Pas de calais et Nord !

Issu d’une famille de ?
3 enfants dont je suis l’ainé.

Tes parents?
Mon père était ouvrier du bâtiment à Calais et ma mère, femme au foyer. Le terme de « prolo » ne me gène pas, je ne vivais pas dans l’abondance mais je ne manquais de rien, j’avais ce qu’il fallait pour être heureux… J’ai perdu mon père à 16 ans. J’ai commencé le foot en tant qu’amateur à Calais a 5 ans jusqu’ à  20 ans (1977 à 1992) J ai franchi toutes les catégories dans ce bon club amateur. Il y avait de bons éducateurs, des installations correctes.

Tu te destinais dès le départ à être pro ?
J’ai toujours voulu faire du foot, après…
A l’époque, je voulais jouer au foot et en grandissant, j’avais plus d’aisance que les autres.  A 14, 15 ans, on commence à jouer contre des pros, on prend conscience du système, on vous fait comprendre que vous n’êtes pas trop mal, que vous êtes surclassé, ça a été ma formation. A 16 ans et demi, j ai commencé à jouer en division d’honneur et puis après, avec l’équipe de 3e division.

C’est peut-être une meilleure formation que d être dans un centre ?
Je m’entraînais 5 fois par semaine et la journée j’allais au collège ou au lycée. J’avais cet environnement familial qui était là même si j ai perdu mon père de bonne heure, ma mère, mes frères et sœurs, j avais des repères et des éducateurs compétents. Tout cela a fait que je ne me suis jamais senti décroché par rapport aux équipes pros. Quand je suis arrivé dans le milieu pro, j avais des choses à apprendre mais c était plus du point de vue technique ou athlétique.

Et les études ?
J ai eu mon bac D et j’ai arrêté après.
Bac D en 1992, pas mal : biologie, physique, jamais tu n’as pensé à continuer tes études après ?

Non, j ai eu mon Bac et je suis parti à Valenciennes, sur place à l’époque, il n y avait pas grand chose pour faire les écoles de kiné ou autre.

Tu te destinais à ca ?
Oui, plutôt dans ce sens là, mais il fallait aller sur Lille et les horaires n’étaient pas compatibles avec les entraînements.

Aujourd’hui, tu es marié, deux enfants..
Ma femme s’appelle Hélène, on a eu le bac la même année, on s’est connus au lycée, c est une vieille histoire ! Mes deux enfants : Hugo (9 ans) et Margot (11 ans et demi)

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Dernier match en tant que jouer professionnel, ca fait quelque chose ?
Non pas du tout, enfin pour l’instant je ne m en rend pas compte en tous cas.

Cette décision avait été prise il y a longtemps, dès la fin de la saison dernière ?
Déjà, vu mon âge (36 ans), ca se projette d’années en années. Vu le déroulement de la saison, les performances individuelles et collectives : ca y est, c est le moment. Et puis des opportunités me sont offertes à valenciennes, pour une reconversion donc quand on a une chance comme celle-ci, il faut la saisir. J’ai fait le tour, et la vie privée fait que ça aurait encore été une année loin de ma famille : sur une saison, ca peut se gérer, mais j ai des enfants qui sont grands et j ai envie d en profiter.

2892.jpgAucun regret ?
Non, déjà parce que j’ai eu la chance de jouer longtemps, en général cela s’est assez bien passé et je n’ai jamais regretté mes choix. Maintenant, cela s’arrête c’est logique. Et puis cette saison s’est moins bien passée alors, mais c’est le football, c’est comme ça.

Tu n’as pas le sentiment que c’était la saison de trop ?
Non, j’aurais regretté de m’arrêter en juin dernier en me disant que je pouvais encore jouer une saison. Je me suis engagé avec la Berrichonne en étant persuadé de pouvoir apporter quelque chose, malheureusement cela n’a pas été à la hauteur de mes espoirs.

Que te propose t-on à valenciennes ?
De rentrer au centre de formation en tant qu’éducateur pour m’occuper d’une équipe de jeunes (les 15 ans je pense) parce que le centre de formation va se mettre en route à la prochaine saison : c’est bien d’être là en même temps que tout le monde, de voir le projet sortir de terre et de mettre en place une politique de travail.
A côté de ça, j’aurais une mission de supervision de matchs ou de joueurs afin de rester au contact du monde pro : c était la volonté d’Antoine Kombouaré.

Tout ca, c est un peu grâce à Antoine Kombouaré?
Ca s’est fait naturellement. Quand j ai eu l’opportunité de revenir à Valenciennes en 2005, il connaissait mon vécu (j’étais déjà passe par le club, j’étais de la région…), il a vu que j’aimais ce club. Il m’a tendu la main, j’avais de bonnes relations avec lui. Maintenant, c’est à moi de saisir la perche et de faire le nécessaire, mais ca n’a jamais été calculé. Le seul calcul, c’était de revenir dans la région, de se rapprocher de la famille.

Tu es un peu l’homme des montées car dans ta carrière, tu en as vécu trois, ca reste certainement les meilleurs souvenirs ?
Oui, en même temps, je n’ai pas commencé par le plus simple. Je suis arrivé à Valenciennes en L1, on est descendu en L2 puis en national. Disons que commencer comme ca m’a servi pour la suite…

A cette époque, c’était un sentiment d’échec de rétrograder ?
Oui parce que j’arrivais du milieu amateur dans un club qui accède a l’élite. Même si je ne veux pas dire que j’avais un rôle prépondérant dans le groupe, mais j’étais jeune, je découvrais, j’avais 20 ans, j ai participé aux trois quarts de la saison avec le groupe en division 1… Et puis, on est frustré parce qu’on vit ça plus en tant que spectateur qu’acteur même si j ai fait des morceaux de matchs, j’ai participé à l’entrainement toutes les semaines et on s’est retrouvé en L2. Le club m’a proposé un contrat que je ne pouvais pas refuser. A l’époque, c’était comme ça : quelque soit les sollicitations qu’on avait, on était dans un club et le premier contrat on le signait dans ce club.
En Ligue 2 par contre, j’ai joué beaucoup plus mais dans un contexte un peu particulier : le club était en chute libre : plein d’ambition, plein d’enthousiasme et on se retrouve en national au même niveau que trois ans auparavant : ca apprend a vivre, c est bien.

Et rapidement tu rebondis à Châteauroux, tu te souviens de cette époque là ?
 Oui bien sur. Cette année là, j ai fait une saison correcte : le club Valenciennes (3eme de Nationale) avait déposé le bilan et les joueurs étaient libres ; J ai eu une sollicitation de chateauroux et c’est reparti.

Qui t’a contacté ?
Victor Zvunka. Ils sont venus me voir à plusieurs reprises. Quand on a une seconde chance, on s’accroche, ca n’a pas été facile, j’étais arrivé ici un peu sur la pointe des pieds.

De tes trois montées, quelle est ta préférée ?
Elles sont toutes différentes, c est difficile de dire la préférée.
Il y a Châteauroux : c est la première, elle n’était pas forcément annoncée : elle s est construite au fur et à mesure parce que jusqu’à la trêve, on n’était pas bien en place. Il y avait cette découverte, de l’euphorie, Châteauroux en effervescence, tout le monde prenait conscience qu’il se passait quelque chose sur le terrain.
Après, Nancy : ca a été bien aussi car c’était programmé : je suis resté 4 ans, pendant un an et demi ça a été difficile (blessure pendant 4 mois la première année), j arrivais en ayant marqué 14 ou 15 buts et les gens attendaient beaucoup de moi et le club était en position délicate. Pendant deux ans et demi, le groupe s’est reconstruit, il y au une progression régulière et on est arrivés aux objectifs prévus deux ans plus tôt. Ca a été une belle aventure parce que le groupe s’est modelé puis s’est renforcé d’années en années : on a appris à se connaitre.

Une belle aventure collective…
Oui et puis à valenciennes, je pense que c’était euphorique dans le sens ou le club accédait de Nationale à L2 : ils étaient sur une dynamique et il y avait un coté affectif particulier car j’avais quitté ce club en national, j’étais parti avec des regrets, de l’amertume et là je participais a sa reconstruction : c’était vraiment intense. Et puis, il a y eu cette aventure humaine exceptionnelle avec un groupe, des coachs et même tout un encadrement qui était a 2000 % derrière le club.

Tu es monté avec Châteauroux en L1, tu as joué en L1 ?
Oui.

Tu es monté avec valenciennes en L1, tu as joué ?
Oui oui.

Avec Nancy tu n as pas joué en L1 ?
Je suis parti un an avant la fin de mon contrat car le côté affectif a pris le dessus. J ai fait le dernier match à Nancy et pendant l’inter saison j ai reçu un coup de fil de mon agent qui me disait « valenciennes te veut et te propose deux ans » C est le coup de cœur, je me souviens très bien, j ai reçu l’appel, j’étais seul et j ai dit OK sans en parler à quiconque. Ma femme est revenue et je lui ai dit «  l’année prochaine, on va à Valenciennes » elle m’a demandé si j’étais sûr. Les dirigeants nancéiens n’étaient pas au courant, c’est moi qui les ai appelés pour faire les démarches, ils ont été surpris, il y a eu des discussions mais ils ont bien compris que c’était le choix du cœur , un challenge.

En aucun cas, tu n’as regretté ?
Non j ai fait deux années exceptionnelles. Ca a été un choix impulsif et j’ai toujours remercié les dirigeants de m’avoir laissé partir même si il y a eu des arrangements avec Valenciennes. A aucun moment, ile ne m’ont mis des battons dans les roues, ils ont bien compris que c’était un coup de tête et pas une histoire d’argent.

Ce sont les bons cotés de ta carrière, maintenant que gardes-tu comme amertume ?
Des coups durs non mais des saisons ratées pour diverses raisons, pour blessures, parce que « ca ne prend pas » comme cette saison par exemple. Ca fait partie du foot. Il est vrai que je suis acteur du foot, donc ça peut choquer les gens de dire que ça fait partie du métier quand on connait les enjeux qui existent même au niveau de la Ligue 2 . Le football reste une affaire compliquée pour plein de raisons.

Pour un jeu simple à la base...
Pour un jeu simple mais qui est devenu compliqué à cause des enjeux à l’image de la société : il n’y a pas que dans le football que ça ne va pas trop, il suffit de regarder autour de soi, pourtant le football doit amener du plaisir au gens…

Tu es né sous une bonne étoile ?
Oui et après, j ai essayé de faire en sorte qu’elle soit toujours là avec moi. Il y a eu des moments plus durs que d’autres mais il ne faut pas baisser les bras, il faut se bouger.

C’est peut être ce qu’il manque aujourd’hui aux joueurs ? Cet état d’esprit ?
Oui, c est le gout du travail. Ce gout de l’effort : cela parait simple mais ce sont en général les choses simples qui sont les plus dures à faire. C est une éducation.

Avec ton expérience, quels bons conseils peux-tu prodiguer ? Des messages à faire passer aux jeunes ?
Je ne veux pas donner de conseils en tant qu’éducateur car je ne me considère pas comme tel pour le moment mais ce que je peux constater sur une carrière, c est que sans travail, on n’y arrive pas. Après il faut un coup de pouce du destin : plaire à un entraîneur, faire le bon match au bon moment, ca peut partir de peu de choses. Ce que je regrette maintenant, c est qu’on met trop en avant le talent intrinsèque des joueurs et pas forcement le travail mis en œuvre pour en arriver là. Je suis admiratif devant le talent mais surtout devant le travail fourni : Zidane était doué mais il ne s’est jamais satisfait de ses talents, il a franchi des caps parce qu’il a travaillé dur. C’est pareil pour un garçon comme Benzema : c est un joueur hors norme à la base mais il sait qu’il va devoir travailler pour franchir des paliers, pour grandir, c’est ce qui fait la différence entre le haut niveau et le très haut niveau ; ce sont des garçons qui ont compris ça et qui ne vivent pas sur leurs acquis. Il est plus difficile d’admettre qu’on a atteint ses limites, moi, j ai fait la majeure partie de ma carrière en Ligue 2 et je me considère davantage comme un joueur de Ligue 2 et pourtant ça n’est pas faute de travail.  Après, j ai eu la chance de vivre des saisons à l’échelon supérieur, je me suis accroché, sur ces quelques saisons, j’ai pu donner le meilleur de moi-même, me frotter aux meilleurs… Mais je suis nommé comme un joueur type de Ligue 2, ça n’est pas frustrant, ca ne me vexe pas. Je me suis fait plaisir à ce niveau là, ça m’a permis de faire bien vivre ma famille et de prendre beaucoup de plaisir et c’est ce que j’en retiens.

 

 Carrière
 1992 – Valenciennes, premier contrat pro en 1993
 1996 – Recruté par la Berrichonne, champion de D2, joue la saison 1997 en ligue 1
 2001-2005 – Rejoint Nancy et quitte le club l’année de la montée pour rejoindre…
 2005-2006 – Valenciennes, champion de Ligue 2, joue la saison 206-2007 en Ligue 1.
 2007-2008 – Rejoint la Berrichonne pour une saison.

 

 
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